Les états d'âmes de Fosfore


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autopsie d'un incident de plongée

autopsie d'un incident de plongée, Antibes, le 171099 menu précédent haut de page bas de page page d'accueil

Après y avoir pensé sans cesse depuis hier, l'avoir revécu mentalement, avoir tenté d'analyser ce qui s'était passé, j'en ai encore la nausée, rien que d'écrire ces quelques lignes...
Pourtant, on peut considérer cet incident comme minime, l'oublier, ne faire qu'en tirer les enseignements, tant il peut paraître insignifiant, d'autant qu'il n'a pas eu de conséquences facheuses. Et bien j'ai du mal à tirer un trait !
Il arrive, en effet, dans la vie d'un plongeur (même jeune, si, si), que l'on vive des choses "hors normes", superbes et exceptionnelles mais aussi parfois dramatiques ou tout simplement marquantes.
Je classerais ma petit expérience de ce week-end dans la catégorie marquante. Elle a aussi le mérite de vous remettre à votre place, ce qui de temps en temps n'est pas inutile !

Ces derniers temps, j'avais peut-être tendance à être trop confiant, la facheuse expérience de la plongée du Planier de Novembre 98 et ses séquelles (rhumes et nausées) étant oubliés, la bonne ambiance et l'esprit du club au beau fixe, la perspective de m'engager sur la voie d'un niveau IV...tout ceci me faisait peut-être un peu planer. On a trop vite tendance à s'enfermer dans la routine et la facilité, en oubliant ce qu'on est par rapport à Mère Nature, i.e. rien.

Ce Dimanche matin, il ne faisait pas très beau. A l'approche de l'hiver, les températures baissent sensiblement, l'eau bien qu'encore relativement agréable, se refroidit petit à petit, pour peu qu'il ait abondamment plu les jours précédents...
La semaine qui venait de s'écouler fut elle aussi chargée, fatigante, et sans excès particuliers, après quelques mauvaises nuits, la fatigue s'est petit à petit installée. Faut-il néanmoins s'écouter à chaque petit pet de travers ? On sort d'un rhume, on dort mal depuis quelques temps, cela justifie -t-il d'annuler une plongée ?? A chacun de voir. On est tous censés se connaître mieux que son voisin, encore ne faut-il pas se surestimer... Le dilemme est là !

Bref, on embarque dans la bonne huemeur et l'insouciance...On passe 1 heure à naviguer et rechercher l'épave, qui se cache bien, le froid, la brume et l'humidité s'installent, on commence à se peler un peu. Ca y est, on y crois et on jette l'ancre.
Toujours avec enthousiasme, comme on n'est pas sur de tomber sur l'épave, on décide de faire deux palanquées qui plongeront l'une après l'autre. Sage décision ! Mais merde, pourquoi me suis-je imposé sur la première ??? Pourquoi pas, après tout, même si je n'ai pas la bouteille de mes compagnons, après 120 plongées dans un club comme celui de l'Asc, avec son encadrement et ses "techniques de plongées diverses et variées", je pense être suffisamment aguerri...Enfin quoi, on a fait plus dur !
Alors tout en tchatchant, je m'équipe, en rajoutant une combi de planche (3,5 mm) entre ma souris et ma combi, par crainte du froid, technique que j'utilise chaque hivers...et non, je n'ai pas de sèche !!!
Préparation ok, mise à l'eau ok, Armand m'attend le long du bout de mouillage, et on s'immerge.
C'est là que ça commence à merder. Je fais de gros efforts pour m'immerger. Sec comme un clou et très léger, avec 3,5 mm de néoprène en plus, mais sans ajout de plomb, j'ai du mal à couler !!! Et oui, putain, dans la routine et l'ambiance générale, j'ai oublié de me lester un peu plus !!!
Alors je me démène, pour passer le cap des quelques premiers mètres, afin que la pression m'aide à descendre un peu mieux. Et merde, ou est mon mano, je ne le trouve pas !!! Ca commence à chier ! Calme-toi, respire...Doucement ! Merde ! Ma respiration s'amplifie, de plus en plus, cette fois je n'arrive pas à gérer. Ce n'est pas la première fois que je dois faire face à un petit souci sous l'eau (vertiges, angoisses, grottes sans visi ou narcoses, on a tous déjà connu ça), mais les autres fois, le mental était là, et ça a suffit à gérer la situation. Cette fois non !
Impossible de maîtriser cette respiration, un essouflement dans 10 m d'eau, c'est ridicule, et pourtant...
Il ne manquait plus que ça, le mental s'en mèle ! La perpective de foutre en l'air la plongée ou de risquer un accident à 53 m me saute à la face. Et cette visi médiocre, dans ces circonstances trop d'éléments sont contre moi, je prends la décision (sage?) d'arrêter, de remonter. J'ai agripé Armand, nous sommes à 15 m. Je crois qu'il a vu que quelque chose ne va pas dans mes yeux (comme c'est romantique !). Je lui fais signe que je m'essouffle, il m'oblige à m'accrocher au bout, je lui fais signe que je veux remonter, il m'incite à me calmer, ça ne marche pas, je pompe de l'air à grands poumons, je ne maîtrise rien !
Au bout de quelques secondes, je me calme dans la tête, mais ma respiration est trop forte, je suis vraiment essoufflé. Je décide de remonter. J'en informe Armand, ça m'embête pour lui, mais il vaut mieux ne pas prendre de risque. Je lui fais signe que tout va bien et commence ma remontée, plus sereinement. Armand surveille ma remontée, c'est ok, il décide de poursuivre les recherches de la "grosse minouche". En surface, Serge s'équipe pour l'épauler, tandis que je remonte sur le bateau, complètement épuisé par une plongée de...3 minutes à 15 m !
Voilà comment une succession de petits rien auraient pu transformer un incident en accident grave, mettant en danger également les autres plongeurs...
Sans dramatiser, croyez-moi, j'en suis encore mal à l'aise. Rien que d'y penser me donne encore la nausée, et des sensations proches de l'essoufflement. Mon corps a bien enregistré un état de stress qu'il risque de me rappeler de temps en temps...

En espérant que ce petit incident m'aura remis les pieds sur l'eau...





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